21 Août 2019

De l'Algérie à la Guyane

Le choix d'implantation de la base spatiale européenne n'est pas dû au hasard : peu d'emplacements au monde répondent aussi bien aux critères de sélection pour ce type d'installation. Mais avant la Guyane, c'est en Algérie que la France fait ses premiers pas vers l'espace...

La France se lance dans la course à l'espace

France, 1958. De retour au pouvoir, le Général De Gaulle, soucieux d'une indépendance nationale, donne une impulsion nouvelle à la recherche scientifique. Au même titre que l'Union soviétique et que les États-Unis, le gouvernement estime devoir s'intéresser à l'Espace. Dès janvier 1959, la coordination des activités spatiales françaises aboutit à la création d'un Comité des recherches spatiales. Deux ans plus tard, le 19 décembre 1961 le gouvernement français fait adopter la loi créant le CNES, le Centre national d'études spatiales.

Premières installations en Algérie

À sa création, la première mission confiée au CNES est claire : trouver une base de lancement permettant d'effectuer toutes les missions spatiales dans les meilleures conditions. Depuis 1948, la France utilise en effet les champs de tirs situés à Hammaguir et Colomb-Béchar, en Algérie, alors territoire français. D'abord utlisé par l'armée pour des tests de missiles, ces bases sont mises à disposition du CNES pour des essais de fusées-sondes, puis des premiers lanceurs. Mais la France doit chercher un nouveau site pour développer ses engins de lancement : l'Algérie acquiert son indépendance en 1962, et les accords d'Évian signés cette année-là prévoient la cessation d'activité dans le champ de tir saharien et le retrait de la France en 1967. A la recherche de son nouveau site de lancement, le CNES poursuit néanmoins ses essais durant cinq ans, et le 26 novembre 1965, le lanceur Diamant décolle d'Hammaguir et place sur orbite Astérix, le premier satellite français.

Topaze, véhicule d'essai 111

Topaze sur son pas de tir saharien. Cette fusée, faisant partie du programme des "pierres précieuses", permettait de tester les équipements qui consitueraient quelques années plus tard le lanceur Diamant.

À la recherche d'un nouveau site de lancement

L'étude préliminaire du CNES identifie pas moins de 14 sites susceptibles d'accueillir la nouvelle base de lancement française. Les équipes de l'agence spatiale française se rendent alors sur chacun des sites, afin de définir le plus approprié selon les critères de sélection :

  • Possibilité de lancements polaires et équatoriaux 
  • Proximité de l'équateur 
  • Dimensions suffisantes pour assurer la sécurité des lancements 
  • Existence d'un port en eaux profondes doté de moyens de manutentions suffisants 
  • Existence d'un aérodrome capable d'accueillir un long courrier (piste de 3000 m) 
  • Distance aussi réduite que possible entre la base de lancement et l'Europe 
  • Stabilité politique
  L'archipel des Seychelles, l'île de la Trinité (Trinidad-et-Tobago), l'île de Nuku-Hiva Hiva (Marquises, Polynésie française), l'archipel de Touamotu (île de Rairoa, Polynésie française), l'île de la Désirade (Guadeloupe), l'île de Marie-Galante (Guadeloupe), la Guyane française), Côte française des Somalis (aujourd'hui Djibouti), Darwin (Australie), Trinquemalay (Sri Lanka), Fort Dauphin (Madagascar), Mogadiscio (République somalie), Port-Etienne (République islamique de Mauritanie), et Belem (Brésil).

Le choix de la Guyane

En février 1964, le rapport de la Direction scientifique et technique du CNES établit un classement par points des différents sites en fonction des critères de sélection retenus. Cinq lieux peuvent être envisagés, mais la Guyane française arrive largement en tête. 

  • La large ouverture sur l'océan Atlantique rend possible tout type de mission spatiale, permettant des lancements aussi bien vers l'Est que vers le Nord avec un minimum de risque pour la population et les biens alentour. 
  • A une latitude de 5,3° Nord, la proximité de l'équateur permet de bénéficier au maximum de l'effet de fronde, l'énergie fournie par la vitesse de rotation de la terre ; cet effet apporte un complément de vitesse au lanceur, qui nécessite par conséquent moins d'énergie pour décoller.
  • La faible densité de la population (45 000 habitants en 1964 sur un territoire de 83 000 km², soit 1/7e de la France), fortement concentrée sur la bande côtière. L'espace disponible permet l'installation des infrastructures de lancement.
  • La possibilité d'installer sur les collines environnantes des radars et et antennes de mesure pour suivre le lanceur au décollage.
  • Une zone à l'abri des cyclones et des tremblements de terre. 
  • Des infrastructures existantes relativement simples à adapter aux besoins du futur centre spatial (routes, aérodrome, ports, ou encore réseau de télécommunications).
  • Un site bien ventilé et un climat très supportable malgré sa position équatoriale.

Le 21 mars 1964, le Général de Gaulle se rend à Cayenne pour annoncer aux Guyanais l'installation du centre spatial français, et le 14 avril 1964, le conseil ministériel entérine le choix de la Guyane.

"Le 14 avril 1964 sera vraisemblablement considéré comme une date essentielle de l'histoire de la Guyane. Le CSG favorisera son essor : c'est vraiment la chance de ce département, à condition de l'activité spatiale y soit profondément intégrée. [...] La sympathique population de Guyane pourra bientôt, je l'espère, être fière de son département et de son champ de tir !"
Robert Aubinière, Président du CNES - Discours de mai 1964 au COSPAR, Comité de recherche spatiale